Votre enfant a 2 ans, et ses mots tardent à venir. Peut-être dit-il quelques syllabes, peut-être communique-t-il surtout par gestes — et vous vous demandez si c’est normal.
C’est une des questions que les parents me posent le plus souvent. Et bonne nouvelle : dans la grande majorité des cas, tout va bien.
Mais il y a aussi des situations où un accompagnement précoce peut faire une vraie différence. Voici comment faire la part des choses.
Ce que dit le développement typique
Le langage se développe selon une courbe qui varie beaucoup d’un enfant à l’autre. À titre de repère :
- 12 mois : 1 à 3 mots avec sens (mama, papa, au revoir…)
- 18 mois : environ 10 à 20 mots
- 24 mois : environ 50 mots, et les débuts des associations de 2 mots (“encore dodo”, “veux jus”)
- 36 mois : des phrases de 3 mots ou plus, compréhensible par les personnes extérieures à la famille
Ces repères sont des moyennes. Il existe une variation normale assez large.
Ce qui compte plus que le nombre de mots
Avant de compter les mots, observez comment votre enfant communique :
- Cherche-t-il à attirer votre attention ? (pointer du doigt, vous tirer par la main, vous regarder)
- Comprend-il ce que vous lui dites ? (obéit-il à des consignes simples, même sans mot ?)
- Imite-t-il des sons, des gestes, des expressions ?
- Joue-t-il avec vous ? (jeux de faire-semblant, tours de parole)
Un enfant qui ne parle pas encore beaucoup mais qui communique, comprend et interagit est souvent en bonne voie. Un enfant qui ne pointe pas du doigt, ne cherche pas le regard, ne joue pas spontanément avec vous — là, il vaut mieux en parler rapidement, quelle que soit la quantité de mots.
Quand consulter sans attendre ?
Je vous encourage à demander un avis professionnel si vous observez :
- Aucun mot à 18 mois
- Moins de 10 mots à 24 mois
- Perte de mots acquis (il disait “baba”, il ne le dit plus)
- Pas de gestes de communication (pointer, agiter la main pour au revoir)
- Une difficulté à comprendre des consignes simples (“où est ton doudou ?”)
- Un isolement dans le jeu, peu d’intérêt pour les interactions
Vers qui se tourner ? Le médecin traitant ou pédiatre en premier, qui pourra vérifier l’audition et orienter vers un orthophoniste ou un bilan développemental si nécessaire.
Ce que vous pouvez faire au quotidien
Le langage se développe dans la relation. Voici quelques pistes simples :
Parlez-lui, tout le temps. Commentez ce que vous faites (“je coupe les carottes”, “je ferme le manteau”), sans attendre qu’il réponde.
Lisez ensemble. Les livres illustrés sont un terrain idéal pour nommer, pointer, questionner. Pas besoin de lire le texte — laissez votre enfant guider.
Attendez et laissez des silences. Donnez-lui le temps de répondre, même si c’est long. La pression de répondre vite peut bloquer.
Reformulez sans corriger. S’il dit “bato” pour bateau, ne reprenez pas “non, c’est un bateau”. Dites juste “oui, c’est un beau bateau !” — c’est plus efficace.
Réduisez les écrans avant 3 ans. Non par jugement, mais parce que les écrans n’offrent pas l’alternance de regards et de silences que le langage nécessite pour se construire.
Le mot de fin
Chaque enfant a son rythme. Certains “explosent” dans le langage tardivement et rattrapent très vite. D’autres ont besoin d’un coup de pouce précoce — et plus tôt on le donne, plus il est efficace.
Ce qui compte le plus, c’est votre regard attentif et bienveillant sur votre enfant. Vous le connaissez mieux que personne. Et si quelque chose vous préoccupe, parlez-en à votre médecin — il n’y a jamais tort à demander un avis.